Un r�ªve
Il �©tait nuit. Ce furent d'abord, -" ainsi j'ai vu, ainsi je raconte, -" une abbaye aux murailles l�©zard�©es par la lune, -" une for�ªt perc�©e de sentiers tortueux, -" et le Morimont grouillant de capes et de chapeaux.
Ce furent ensuite, -" ainsi j'ai entendu, ainsi je raconte, -" le glas fun�¨bre d'une cloche auquel r�©pondaient les sanglots fun�¨bres d'une cellule, "- des cris plaintifs et des rires f�©roces dont frissonnait chaque fleur le long d'une ram�©e, -" et les pri�¨res bourdonnantes des p�©nitents noirs qui accompagnent un criminel au supplice.
Ce furent enfin, -" ainsi s'acheva le r�ªve, ainsi je raconte, -" un moine qui expirait couch�© dans la cendre des agonisants, -" une jeune fille qui se d�©battait pendue aux branches d'un ch�ªne, -" et moi que le bourreau liait �©chevel�© sur les rayons de la roue.
Dom Augustin, le prieur d�©funt, aura, en habit de cordelier, les honneurs de la chapelle ardente; et Marguerite, que son amant a tu�©e, sera ensevelie dans sa blanche robe d'innocence, entre quatre cierges de cire.
Mais moi, la barre du bourreau s'�©tait, au premier coup, bris�©e comme un verre, les torches des p�©nitents noirs s'�©taient �©teintes sous des torrents de pluie, la foule s'�©tait �©coul�©e avec les ruisseaux d�©bord�©s et rapides, -" et je poursuivais d'autres songes vers le r�©veil.
Aloysius Bertrand
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